Mon premier séjour à Prague date de l’été 2003, de retour d’un stage de français langue étrangère je me suis arrêté enfin dans la ville. Auparavant je n’avais fait que l’effleurer, j’y été passé en coup de vent en revenant de Slovaquie et j’y été resté assez pour avoir envie d’y revenir.
Jusqu’alors je ne la voyais que par la prisme de la littérature et de l’histoire les deux se mêlant d’ailleurs intimement: ville otage, névralgique, secrète et alchimique.
Une fois sur place j’ai du, pour pouvoir arpenter les lignes de vie de la ville secrète, éviter ou apprendre à me passer des ascenseurs et des carrefours touristiques de la ville otage. Prague m’est apparue comme une architecture, un corps qu’il fallait arpenter; en bout de ligne, dans les recoins baroques ou cubiste de la Celetna ou de Mala Strana, dans la vrille d’un escalier on perçoit les tensions de ce corps qui comme toute architecture est un livre ouvert: se promener dans Prague c’était donc aussi lire dans son livre, en alphabets latin, germanique, hussite ou hébreu. Il m’a semblé que c’était par ces signes que la ville nous attachait à elle et que prenait ainsi effet l’alchimie vantée. Prague comme les villes du Sud est une ville avec laquelle on fait corps. L’écriture est venue après, loin de Prague comme une nécessité un besoin de rendre compte de ma lecture-promenade dans la ville, le long de Chodci
Tout marcheur porte à plus forte ignition la pierre de la ville.
Par sa vie, son souffle, sa marche il apporte sa propre interprétation de ses flammes.
Espace de tiédeur, chevelures suspendues aux mille clochettes jumelées, les frondaisons des
tilleuls sont de belles bouches féminines tenant dans le fermoir de leurs lèvres le silence
lunaire.
De halos en halos Prague s'ouvre, comme s'ouvrirait le corps de la lune.
Večer
Prague monte dans le soir, ses bois deviennent plus humides et sombres,
Les pas blancs des passants font penser à des flammes s’écrasant au sol.
Derrière une futaie une lumière baigne dans un bocal de verre prêt à éclater.
Les hommes sont des écritures des arabesques se mouvant dans l’ombre, plus fortes qu’elles.
Les doigts de ma main: cinq routes qui approchent en nuance de blanc.
Une maison me fait penser à un crâne plein de pensées aux belles arborescences lunaires.